Ci dessous un commentaire que j’ai laissé chez Reflets.info à propos de Jean-Luc Mélenchon

Quelques mots à propos de Mélenchon et du FdG (même si ce n’est pas vraiment le sujet de l’article – mais à mon tour de troller) à propos de sujets qui me tiennent à coeur, mais également de façon plus générale. Attention ça va être très long.
Méluche fait parti de la génération de trotskistes (très exactement il faisait parti des « Lambertistes » de l’OCI) à avoir rejoint le PS. Il n’est pas le seul, on peut citer également Gerard Filoche ou Lionel Jospin qui on fait de même.
Ce n’est pas une insulte d’être troskiste ou lambertiste, mais ce n’est pas anodin non plus, j’y reviendrais plus tard.
Militant socialiste à partir de 77, il sera Ministre délégué à l’Enseignement professionnel dans le gouvernement Jospin du 27 mars 2000 au 6 mai 2002.
C’est là qu’il « découvre » Diwan, école associative bretonne qui promeut l’enseignement du breton par l’immersion : l’ensemble de l’enseignement est prodigué en langue bretonne.
Cette forme d’enseignement heurte sa conception de la République Française, dite « Jacobine ». À savoir une République une et indivisible, où le pouvoir et la décision sont centralisés à Paris et où l’on érige un modèle français censé être bon pour tous et surtout élever le pauvre plouc, le pauvre indigène, vers un avenir meilleur pour lui ou ses enfants.
Petite phrase emblématique de ses rapports avec Diwan : il qualifie l’association de « Secte » lors des débat du Sénat le 13 mai 2008. Je connais Diwan et les gens de Diwan depuis presque 20 ans, ce n’est pas une secte, ce sont avant tout des enfants et des parents d’élèves qui souhaitent lutter contre une pensée unique, contre un modèle unique et qui le font dans une démarche d’ouverture. C’est à Diwan que l’on doit la revitalisation de la langue bretonne, et au final, c’est bien ça qui gêne Jean-Luc Mélenchon.
Sa position – et la plupart de ses arguments – contre la promotion et la diffusion de la langue bretonne on peut les trouver dès septembre 2007 dans cet article de son blog Il y a breton et breton.
Son discours a une thèmatique principale : le dénigrement du breton moderne, dit « unifié » ou « KLT » ou bien encore « Breton Diwan ».
Sa réthorique à laquelle je vais me permettre de répondre :
- Le breton moderne ne serait qu’une pseudo langue car il n’est pas le breton que l’on parlait traditionnellement, il ne serait donc qu’une imposture :
L’unification de l’orthographe du breton a permis de transformer une langue purement orale en langue littéraire, de fixer son écriture, de permettre sa diffusion et son enseignement. C’est ce qui a permis d’éviter sa disparition pure et simple et d’espérer une augmentation du nombre de locuteurs. Le changement de modèle sociétal en Bretagne après la première guerre mondiale (passer d’une société rurale,de côterie, composée de toutes petites exploitations à une société urbaine et industrielle) aurait pu sonner le glas de la langue bretonne comme il a sonné celui du Gallo (je reparlerai du Gallo), seule l’unification de l’orthographe a permis de sauver ce qu’il restait de la langue et de la culture (à la différence justement du Gallo).
- Le breton moderne aurait été créé à la demande des nazis, par des collabos :
C’est ce qu’on appelle communément du révisionisme. Le breton unifié est né dans la revue littéraire en langue bretonne « Gwalarn » dont le premier numéro est paru en 1925 et qui a pris ses distance du parti nationaliste breton de l’époque, Breizh Atao, dès le second numéro, en 1926.
Mélenchon fait régulièrement référence à Yann Goulet comme instigateur du KLT et collabo notoire. Goulet n’est en rien à l’origine du breton actuel. En outre, bien qu’il ait était condamné par contumace, le qualifier de collaborateur est une vision plus que simpliste et manichéène de la seconde guerre mondiale, où il n’y aurait eu que des gentils résistants et des méchants collaborateurs. C’est simpliste, manichéén et j’allais dire con. Mais jamais je n’accuserai Mélenchon de bétise. De malhonnêteté, oui.
- Le breton serait promu par des identitaires d’extrème droite :
Il s’agit là soit d’une profonde méconnaissance du mouvement breton, soit de malhonnêteté. Et comme je l’ai dit, je ne crois au manque de culture ou d’intelligence de Mélenchon. La scène politique bretonne, qu’on va qualifier pour simplifier d’autono-indépendantiste, couvre tout l’échiquier connu en France : L’extrème droite tendance FN avec Adsav, les identitaires de Ty Breizh, les centro-socialistes du Peuple Breton, les européanistes tendance EELV de l’Union Démocratique Bretonne, l’extrème gauche anti-capitaliste de Breizhistance jusqu’aux copains anarchistes. Avec, il faut le noter, une déliquescence de l’extrème droite de Ty Breizh et d’Adsav (qui n’est plus composé que d’un clown et deux neusks, et encore seulement à Saint Brieuc).
- Ces identitaires manipuleraient les « groupes folkloriques » :
Le voilà le présupposé !
La culture et la langue bretonne ne le dérange en rien tant qu’il s’agit de folklore ! Quelque chose qui appartient au passé, qui fait partie du « patrimoine culturel » de la France. Mais dès qu’il s’agit d’une culture vivante, dynamique, il y voit un danger pour l’unicité et l’indivisibilité de la France. On retrouve ce présupposé dans ces attaques constantes contre le KLT ou quand il utilise l’argument « On parle breton à Rennes alors qu’historiquement on devrait y parler Gallo » (ici par exemple). Oui, historiquement, le gallo était parlé à Rennes et pas le breton. HISTORIQUEMENT. Mais la langue et la culture bretonne n’est pas figée dans le passé, comme il le souhaiterait. Elle est en prise avec son époque, en prise avec la mondialisation, avec Internet. Elle vit.
Bon, là vous aller me dire « C’est anecdotique, on peut sacrifier les langues régionales parce que là il s’agit de bouter les capitalistes hors de France ». Ben non. C’est avant tout révélateur d’une profonde duplicité chez Méluche.
Cet homme, qu’on se plaît à qualifier d’habile orateur, n’hésite devant aucune malhonnêteté intellectuelle, aucun mensonge, quand il s’agit de défendre une thèse ou une idéologie.
Lorsque les Jospin, Filoche et Mélenchon sont entrés au PS après le congrès d’Epinay, le but était simple, pratiquer « l’entrisme » : noyeauter le PS pour le faire tirer à gauche et contrer l’influence du Parti Communiste. C’est une pratique (ça et le goût du secret) que l’on a toujours reproché aux troskistes, aussi bien chez les lambertistes de l’OCI que chez LCR (il n’y a qu’à voir les débats au sein du NPA après les dernières élections).
Son départ du PS et la création du Parti de Gauche n’a qu’un but : rassembler les « non-istes » de gauche en vue de ces élections presidentielles afin de les rallier, in-fine, à la candidature de François Hollande (ça vous rappelle pas Chevènement en 2002 ? Moi si, mais avec plus de talent).
Il s’agit d’une OPA du PS sur une gauche plus radicale avec la complicité de Parti Communiste qui lui a besoin d’une « marque » plus moderne afin d’avoir suffisamment de candidats, réunissant suffisament de voix (entre 1% et 3% des suffrages exprimés en fonction du type d’élections), dans suffisamment de circonscriptions (56 de mémoire) afin de continuer à bénéficier des financements publiques.
OK, il y a l’enjeu important de battre Sarkozy. OK le PC représente des valeurs et une histoire qu’il est important de voir survivre. Mais la méthode est à gerber. Car elle repose sur deux mensonges :
1- Faire croire qu’il n’y a et n’aura aucun accords avec le PS.
Mélenchon n’est pas Chevénement ou Taubira, il ne fera pas perdre Hollande comme ils ont fait perdre Jospin.
2- Faire croire que la révolution peut se faire dans les urnes.
C’est ça le pire : vendre du rève dans un but de manipulation. C’est du populisme, de la démagogie. C’est prendre les électeurs et surtout les militants du FdG (pour qui j’ai énormément de respect et dont je partage les valeurs et les combats) pour des CONS. Mélenchon représente ce qu’il y a de pire dans la démocratie représentative : un profond mépris pour le peuple-soit-disant-souverain que l’on peut manipuler, dont on peut instrumentaliser les luttes et les aspirations à un monde plus juste, dans l’unique but de conquérir le pouvoir.
La révolution ne se fera pas dans les urnes.
Elle se fera dans leurs burnes, à grand coups de lattes.
Voilà, bisous.